OM DEN TRADITIONELLA LITURGINS
STATUS
Kardinal Medina i Gricigliano
Vi återger nedan den
intervju, som
kardinal Medina Estevez, fram till nyligen prefekt för
ritkongregationen, nyligen beviljade två franska katolska
tidskrifter.
Vi återger även den inledande kommentar som
abbé Aulagnier
offentliggjort på sin
hemsida, där intervjun är hämtad.
I sina intervjusvar
framförde den
latinamerikanske kardinalen uppfattningar, som kan tänkas
förvåna en
rad iakttagare. Således sa kardinalen bl.a. att den
äldre latinska
liturgiordningen aldrig upphävts. Han bekräftade
vidare att den tredje
utgåvan av det nya missalet, som förbereddes under
hans tid som prefekt
för ritkongregationen, i sitt förord saknar tidigare
utgåvors referens
till Paulus VI:s vilja att avskaffa den äldre latinska
liturgin, och
att denna frånvaro skall ses som en officiell
bekäftelse på att den
traditionella latinska liturgins rätt att finnas.
Kardinalen upprepade och
förtydligade
därmed vad kardinal Castrillon-Hoyos förra
året uttryckt i en intervju
som vi recenserat på annan plats.
Den höge prelatens text är även en
påminnelse om den djupa kärlek för den
heliga mässan, som måste genomsyra varje
präst.
* * *
ABBÉ AULAGNIERS
INLEDNING
Avec cet interview du cardinal
Médina,
ex-préfet de la Congrégation pour les rites et
les sacrements, nous
avons, je pense, l’actuelle pensée de Rome en
matière liturgique.
Je peux difficilement imaginer que
le
Cardinal Médina se soit exprimé aussi clairement
sur ce sujet
liturgique sans avoir le consentement des cardinaux responsables de
cette question, à savoir le cardinal Ratzinger, le cardinal
Castrillon
Hoyos, le cardinal Arinze, le cardinal Stickler.
Il y a actuellement un «
consensus » à
Rome et c’est selon ce consensus, selon cette
synthèse exprimée, ici,
par le cardinal Médina, plus haut, par le cardinal
Ratzinger, que le
problème liturgique va être
réglé par Benoît XVI.
Jusqu’à
maintenant la Secrétairerie
d’Etat et tout particulièrement le cardinal
Ré s’opposait à la pensée
du cardinal Ratzinger. Cela fut visible comme le soleil en plein midi,
lors de la réception des « communautés
« Ecclesia Dei Adflicta », le 26
octobre 1998, par Jean-Paul II. Le discours du pape, vraisemblablement
préparé par le Substitut de la
Secrétairerie d’Etat, à
l’époque Mgr Ré,
permettait de le constater. Je m’en suis aperçu
lors de mon voyage
romain les 24 et 26 octobre 1998. Je suis persuadé que le
Cardinal
Ratzinger fut peiné de ce discours. Pour moi, il subit une
véritable
humiliation…une humiliation publique… Mais les
choses ont changé. Entre
temps le cardinal Ratzinger est devenu Benoît XVI…
La « donne » est
aujourd’hui différente…Il
était intéressant, du reste, de regarder les
visages et les attitudes des uns et des autres lors de la
cérémonie
d’intronisation de Benoît XVI, place Saint Pierre,
le dimanche 24
avril…Il y a des gestes et des comportements qui ne trompent
pas…et qui
permettent de « soupçonner » des
changements prochains dans le «
personnel » des Dicastères.
Voici cet interview
publié conjointement par l’Homme Nouveau
et la Nef.
* * *
INTERVJU MED KARDINAL MEDINA
- Éminence, lorsque vous
célébrez la
messe selon le rite de saint Pie V, demandez-vous la permission ?
- Cardinal Médina
Estévez – Non, je ne
demande pas la permission, d’une part parce que je crois que
le rite de
saint Pie V n’a jamais été
supprimé canoniquement, et d’autre part
parce que je suis membre de la Commission pontificale Ecclesia Dei.
À
ce titre, j’estime que la célébration
du saint sacrifice de la messe
dans le rite de saint Pie V fait partie de mes
responsabilités. Mais je
le répète : on doit prendre comme point de
départ en ce domaine qu’il
n’est pas possible de prouver que le rite de saint Pie V a
été abrogé
du point de vue juridique.
- Certes, mais depuis que la
possibilité d’une autorisation pour la messe
tridentine a été étudiée,
deux principes, comme vous le savez bien, ont été
posés : 1) il est
impossible, théologiquement et canoniquement,
d’affirmer que cette
messe est interdite ; 2) mais sa célébration ne
doit pas troubler la
pastorale des diocèses et des paroisses. Or, les indults de
1984 et
1988 évoquent surtout le second principe.
- Cdl Médina Estevez -
Il y a, bien
sûr, dans l’Église un principe de bon
ordre à respecter, selon lequel
il faut une certaine unité, mais il ne faudrait pas
exagérer en ce
sens, de telle sorte que l’unité devienne totale
uniformité.
D’ailleurs, vous le savez, dans le cadre de la
célébration du missel du
pape Paul VI, il y a des différences de paroisse
à paroisse. Je ne vois
donc pas qu’il y ait une difficulté
considérable de ce côté-là.
Dans un
souci de bon ordre, on pourrait peut-être établir,
par exemple, que la
célébration de la sainte messe selon
l’ancien rite – disons plutôt
selon la forme ancienne du rite romain – se
déroule dans certaines
églises et non dans toutes les paroisses. Mais il faut
répondre de
manière large et généreuse
à la sensibilité des fidèles qui le
désirent. Et il me semblerait bon de
célébrer parfois dans la forme
ancienne dans des communautés qui suivent ordinairement le
rite du pape
Paul VI.
Les cardinaux interrogés
(tous en 1982, 8 sur 9 en 1986) étaient en
effet d’avis que la messe tridentine n’a jamais
été interdite. On
voulait intégrer la déclaration dans un vaste
document. Certains ont
imaginé une célébration publique par
le pape de la messe de saint Pie
V, d’autres, une « annexe saint-Pie-V »
dans la dernière édition
typique du missel de Paul VI, d’autres, une simple
réponse donnée par
le Conseil pour l’Interprétation des Textes
législatifs.
- Cdl Médina Estevez -
Vous savez, lorsqu’on veut résoudre un
problème,
on trouve toujours la manière d’y parvenir. Le
droit canon est assez
souple et fournit de larges possibilités pour
résoudre les problèmes
pastoraux. Au sujet de l’opportunité
d’un document, d’un fait posé ou
d’une réponse officielle, cela relève
d’un choix prudentiel.
Personnellement, je ne suis pas canoniste de formation et je
n’ai donc
pas une compétence technique suffisante qui me permettrait
d’opter
d’emblée en faveur d’une solution ou
d’une autre. Le choix dépendra du
jugement pratique de celui qui, de droit, devra se prononcer, et ce
dernier devra prendre sa décision en évaluant les
avantages et les
inconvénients de chacune des solutions possibles,
qu’il devra
considérer avec prudence et en même temps avec
largeur de vue.
Le cardinal Castrillón a
déclaré : « Cette messe a droit de
cité ».
Vous-même avez écrit en substance à Una
Voce de Florence : « La
troisième édition typique du missel de Paul VI ne
contient aucune
clausule d’abrogation du rite ancien, et cette absence est
voulue ».
N’est-ce pas une autre voie, celle du constat par des
autorités ?
Cdl Médina Estevez -
Oui, on peut dire
que c’est la déclaration par des faits. Il serait
tout de même bon
qu’il y ait aussi une réponse donnée
par un organisme compétent. Et
cette réponse devrait éclairer les deux points :
dire tout d’abord, que
le vénérable rite de saint Pie V, qui a
été le rite de l’Église
latine
pendant des siècles, n’est pas interdit, ni
abrogé ; et préciser
d’autre part que, pour ne pas créer de confusion,
ni troubler les
sensibilités, ce rite pourrait être
célébré dans des endroits
définis,
églises, paroisses, églises placées
sous la responsabilité d’un
recteur, aumôneries, comme on voudra, ou bien, comme aux
États-Unis et
au Canada, dans des paroisses personnelles. En tout cas, il faut
reconnaître aussi que l’on peut déplorer
assez souvent des abus dans la
célébration de la sainte Eucharistie et, comme
vous le savez, ceux-ci
ont été récemment signalés
par la Congrégation pour le Culte divin. Or,
ce qui trouble le bon ordre ecclésial, ce sont bien, en
particulier,
ces abus.
Autrement dit :
libération avec des précisions. Cependant,
s’il y a
trop de précisions, il n’y aura pas vraiment de
libération. Par
exemple, il existe en France un nombre notable de prêtres, de
curés de
paroisses, qui seraient heureux de bénéficier de
cette déclaration de
liberté pour pouvoir, en toute quiétude,
célébrer éventuellement selon
l’ancien rite.
Cdl Médina Estevez -
Oui, d’ailleurs, personnellement, lorsque je
célèbre dans la forme ancienne du rite romain,
qui a été d’ailleurs
celui dans lequel j’ai reçu l’ordination
sacerdotale, j’éprouve une
grande émotion, surtout en disant les prières de
l’offertoire, parce
que ces prières soulignent, comme le font aussi les
prières que l’on
dit vers la fin de la messe, son caractère sacrificiel. La
dimension
sacrificielle de la célébration eucharistique en
est un élément
essentiel, et pas seulement dans l’ancienne forme du rite
romain, mais
bien pour la doctrine catholique tout court, récemment
réaffirmée par
le Saint-Père Jean-Paul II, dans l’encyclique
Ecclesia de Eucharistia.
C’est pourquoi j’aurais voulu, à
l’occasion de la troisième édition
typique du missel de Paul VI, alors que j’étais
préfet de la
Congrégation pour le Culte divin, réintroduire
quelques éléments de la
forme ancienne, mais j’ai rencontré des
oppositions très décidées. Je
comprends bien que les spécialistes de la liturgie estiment
que ces
prières sont plutôt des prières
privées du prêtre, et qu’on a voulu
éliminer dans la nouvelle forme du rite romain tout ce qui
relevait de
ce niveau personnel, pour n’y laisser que les parties,
disons, «
objectives ». Mais ces prières contiennent de
telles richesses que je
ne vois pas quel inconvénient il pourrait y avoir
à les utiliser
encore. Il faut reconnaître que ces prières
parlent de la victime
immolée, du sacrifice des oblats, avant la
consécration proprement
dite. Mais dans le domaine liturgique, on sait bien qu’il y a
des
affirmations que l’on fait avant que la
réalité n’arrive et des choses
que l’on dit après. Ce n’est donc pas,
il me semble, une objection
insurmontable.
Le P. Bugnini aurait dit que sa
réforme ne durerait pas plus de trente
ans. Puisque la liturgie de Paul VI n’a pas rendu caduque la
liturgie
antérieure, n’est-ce pas qu’elle ne se
prétendait pas une norme absolue
?
Cdl Médina Estevez - Je
crois que le missel promulgué par le Saint-Père
Paul VI a été pour l’Église
une chose positive. Il contient des
richesses qui devraient être maintenues. Par exemple, la
richesse du
lectionnaire qui me semble évidente. Ou encore, la
volonté de souligner
l’aspect de la participation de la communauté
à la liturgie – je pense
à la participation dans le sens le plus profond de ce mot :
pas
seulement la participation par des moyens extérieurs, mais
avant tout
la participation intérieure, par la grâce, par la
foi. Je n’éprouve
aucune difficulté en célébrant tous
les jours la sainte messe selon le
missel du pape Paul VI. J’estime tout de même que
l’on pourrait revoir
certains points de ce missel pour se réapproprier des
éléments très
positifs du missel de saint Pie V. Ceci dit, je ne suis pas
prophète et
je n’oserais pas faire des prédictions sur la
durée de cette réforme.
D’ailleurs, je n’aime pas tellement ce mot de
« réforme ». Je lui
préfère celui de renouveau, à moins
que l’on comprenne « réforme »
comme le fait de retrouver des formes originelles dans la
fidélité à la
tradition. En ce sens-là, ce terme exprime exactement ma
sensibilité.
En revanche, lorsqu’on l’utilise pour signifier une
rupture, il ne me
convient pas du tout.
Certains partisans du rite
tridentin, à divers degrés et de diverses
manières disent que la liturgie nouvelle affaiblit
l’expression du
sacrifice propitiatoire, de la présence réelle,
du sacerdoce
hiérarchique. Vous n’êtes certainement
pas d’accord avec ces jugements,
mais estimez-vous qu’il est légitime
d’en débattre ?
Cdl Médina Estevez - Je
crois, en effet, que ces critiques sont
excessives. Je n’aime pas à ce propos les
critiques globales et je
préfère discuter des critiques sur des points
très concrets. Par
exemple, presque toutes les nouvelles prières eucharistiques
contiennent explicitement la mention du sacrifice eucharistique. Je le
répète encore une fois, il me semble capital que
le peuple catholique
ait conscience, de manière très nette, que la
messe est avant tout un
sacrifice. Si cela s’avérait
nécessaire, on pourrait porter remède
à
cette situation grâce à des corrections
appropriées. Mais puisque la
nouvelle forme du rite romain garde les prières de
l’ancien missel, qui
contiennent souvent la mention du sacrifice, il n’est pas
vrai que le
nouveau missel ait affaibli la notion de sacrifice. Je pense tout de
même qu’il y a, hélas, un
affaiblissement de cette dimension dans la
conscience des fidèles. Cependant, l’encyclique du
pape Jean-Paul II,
Ecclesia de Eucharistia, dans laquelle il est question plus de quarante
fois de cette notion de sacrifice, répond très
exactement à cette
objection.
Mais des éventuelles
déficiences du rite, peut-on discuter ? On peut
discuter et on peut améliorer. Pourquoi pas ?
Améliorer : croyez-vous
que cette idée que développe depuis longtemps le
cardinal Ratzinger à
la manière d’un programme – à
savoir qu’il serait bon d’infléchir la
réforme dans un sens traditionnel – puisse faire
l’objet d’un consensus
assez large dans le collège cardinalice ?
-Cdl Médina Estevez - Je
ne suis pas sûr qu’il y ait dans
l’Église
catholique aujourd’hui une conscience très
aiguë du besoin de réviser
la nouvelle forme du rite romain. Je crois que
l’atmosphère générale
est plutôt celle d’une acceptation paisible, certes
favorable, sans
qu’il y ait une très forte critique
vis-à-vis de la « réforme ».
Et
puis, ce n’est pas le collège cardinalice qui est
la structure
responsable pour une pareille démarche. Je
préfère me fonder sur le
sentiment des évêques : aujourd’hui,
dans leur très grande majorité,
ils sont en accord avec les formules et les rites du missel du
Saint-Père Paul VI. Mais peut-être que,
d’ici quelques années, au fur
et à mesure que l’on s’apercevra
qu’il y a des éléments qui pourraient
être mieux soulignés, on pourra en tenir compte,
soit par l’accueil
plus large de l’ancienne forme du rite romain, soit par
l’introduction
dans la nouvelle forme de ce rite de quelques
éléments ad libitum pris
du rite de saint Pie V. Toutefois, il ne me semble pas sage tout de
même de réduire la crise de
l’Église catholique au seul problème
liturgique. Il y a d’abord les problèmes
doctrinaux, de perte du sens
de la tradition, d’affaiblissement du sens du
sacré, des manquements à
la discipline ecclésiastique. Je pense qu’en
célébrant la liturgie
selon la nouvelle forme du rite romain d’une
manière fidèle, exacte et
pieuse, on pourrait porter remède à bien des
difficultés. Mais, vous le
savez, il y a aussi des problèmes quant à une
application pleinement
ecclésiale et spirituelle de la forme nouvelle du rite.
N’est-ce pas la faiblesse
du rite nouveau que d’être
diversement interprétable, à la
différence du rite
traditionnel ?
- Cdl Médina Estevez -
Il y avait aussi dans le rite ancien des prêtres
qui célébraient de manière trop
mécanique, voire superficielle.
J’attribue, pour ma part, une énorme importance
à ce qu’on appelle
l’ars celebrandi, qui permet aux fidèles de
recevoir, à travers la
manière concrète dont le prêtre
célèbre, l’expression d’une
foi
profonde, d’une piété
foncière, du sens de Dieu et du sacré. Si, au
contraire, la célébration de la liturgie
eucharistique devient «
mécanique », cela ne nourrit pas la foi des
fidèles. Je n’ai
personnellement jamais assisté à la messe du
Padre Pio, mais tous ceux
qui ont eu cette chance disaient que ce saint prêtre
– qui n’était
certes pas un liturgiste – était visiblement
transpercé par le mystère
qu’il célébrait. Qui voyait le Padre
Pio célébrer la messe, même si
elle durait une heure ou plus encore, était
illuminé par la présence du
sacré. Il faut voir les photos de ces messes ! En revanche,
en présence
d’un prêtre célébrant avec
empressement la même messe que le Padre Pio,
on peut se demander s’il croit vraiment à ce
qu’il fait.
En amont du rite, la
sainteté… ?
- Cdl Médina Estevez -
Oh oui ! Je me souviens toujours de ce qu’un
nonce apostolique au Chili avait écrit à
l’intention de nouveaux
prêtres : « Célébrez chacune
de vos messes comme si elle était votre
première messe, comme si elle devait être votre
unique messe, comme si
elle était votre dernière messe ».
propos recueillis par
l’abbé Claude Barthe, Christophe Geffroy et
Philippe Maxence
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